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Retour aux angles du dossierUn homme · dans la vidéo à 6:51

Rennequin Sualem, l’homme qui revenait chaque matin

Les comptes refusent la statue héroïque. Ils suivent un charpentier liégeois depuis ses journées de travail jusqu’à la pension versée à sa veuve.

Lecture
5 min
Épisode
Versailles : le chantier
Format
Note courte
Fac-similé des Comptes de 1686 où Rennequin Sualem apparaît comme charpentier à la machine
Colonne 1268 : Rennequin Sualem, charpentier à la machine, est appointé à 1 800 livres par an.

Renkin ou Rennequin Sualem naît à Jemeppe-sur-Meuse en 1645 selon l’étude déposée par Yvon Renotte à l’Université de Liège. Il appartient à un monde où les charpentiers ne construisent pas seulement des charpentes de bâtiment : dans les mines, ils assemblent aussi les machines qui épuisent l’eau des galeries. Cette culture technique explique pourquoi le bois, les roues, les arbres et les balanciers de Marly relèvent pleinement de son métier.

Les Comptes des Bâtiments le font apparaître avant Marly. En 1680, Rankin Sualem est payé pour entretenir une machine au moulin de Palfour, à raison de cinquante sous par jour. L’essai de Palfour est essentiel : une machine plus petite prouve qu’il est possible de relever la Seine jusqu’à la terrasse de Saint-Germain. Le chantier royal change ensuite d’échelle, mais pas de principe.

À Marly, l’attribution de l’invention reste disputée. Arnold de Ville porte le projet, négocie avec le pouvoir et dirige l’entreprise ; Sualem maîtrise la réalisation mécanique. L’épitaphe de Sualem le dira plus tard seul inventeur, tandis que d’autres récits privilégient de Ville. Les comptes ne tranchent pas cette bataille de mémoire : ils enregistrent des fonctions et des paiements, pas un brevet d’invention.

En 1686, Sualem figure comme « charpentier à la machine », appointé à 1 800 livres par an. La même année, de Ville reçoit une gratification exceptionnelle de 100 833 livres 6 sols 8 deniers, taxes comprises. Le contraste est spectaculaire, mais il faut le lire honnêtement : on compare un traitement annuel à une récompense unique, et Sualem n’est pas un manœuvre pauvre. Il est un technicien hautement qualifié, mieux payé que plusieurs inspecteurs inscrits autour de lui.

La trace continue. En 1706, René Sualem dit Rennequin reçoit encore 300 livres pour des soins et voyages extraordinaires au service de la machine. Il meurt en 1708. En 1711, le compte accorde 500 livres à « la veuve Rennekin, charpentier liégeois, cy-devant employé à la Machine ». Son prénom disparaît, mais la fonction de son mari reste attachée à elle.

Cette trajectoire déplace la question de l’invention. Marly n’a pas un instant unique où elle serait achevée. Elle existe parce que des personnes la construisent, la règlent, voyagent pour elle et remplacent ce qui casse. Sualem est moins intéressant comme génie solitaire que comme figure d’une technique qui n’existe qu’à travers la maintenance.

Une carrière lue dans les paiements

De l’essai au souvenir administratif

  1. 168050 sous par jour

    Entretien de la machine de Palfour.

  2. 1681

    Ouverture du chantier de la grande machine sur la Seine.

  3. 16861 800 livres par an

    « Charpentier à la machine » dans les comptes.

  4. 1706300 livres

    Soins et voyages extraordinaires pour le service de la machine.

  5. 1711500 livres à sa veuve

    Dernière trace : « cy-devant employé à la Machine ».

La frise suit les mentions documentaires, pas une présence continue prouvée année par année.

Les liens derrière cette note

Ces pages ont servi à vérifier et approfondir ce point. Elles sont choisies pour leur apport direct, pas pour donner l’illusion d’une bibliographie exhaustive.

  1. Jules Guiffrey, Imprimerie nationale, 1887Comptes des bâtiments du roi sous le règne de Louis XIV, tome II

    L’édition des paiements de 1681 à 1687 : colonne 468, appointements de Rennequin Sualem et gratification d’Arnold de Ville.

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  2. Yvon Renotte, dépôt ORBi de l’Université de Liège, 2022Renkin Sualem (Rennequin Samuel)

    La trajectoire liégeoise de Sualem, les machines d’exhaure et une discussion technique du fonctionnement de Marly.

    Consulter la source
  3. Musée du Domaine royal de MarlyVue et description de la fameuse machine de Marly

    La lecture détaillée de la grande vue de Cruyl : aménagement du fleuve, trois tronçons de relevage, chevalets et ateliers.

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