Aller au contenu
Retour aux angles du dossierUn homme · dans la vidéo à 0:00

Le sergent de la Vaquerie, dont même la fin échappe aux sources

Un sergent jamais nommé, une poignée d'hommes, une nuit entière à tirer pour faire croire que le poste est toujours tenu. Deux relations racontent son matin, et ne s'accordent pas sur ce qu'il devient.

Lecture
4 min
Épisode
Lille, 1708 : le siège
Format
Note courte
Portrait conjectural d'un soldat épuisé, assis dans une tranchée boueuse
Portrait conjectural assisté par IA : le sergent de la Vaquerie n'est nommé par aucune source et aucun document ne montre son visage.

La cense de la Vaquerie, ferme fortifiée sur la rive gauche de la Deûle, sert de poste avancé à la défense de Lille. Sautai y place quatre-vingts grenadiers du régiment de Touraine sous les ordres du capitaine de Santis. Le 22 août, une batterie ennemie de sept pièces tire sur la ferme ; ses boulets abattent quelques pans de muraille, dont la chute blesse six grenadiers, « les seuls atteints de la journée ». Le 23, la mousqueterie du poste gêne encore les travaux ennemis tout le jour.

Les jours suivants, l'ingénieur des Roques commence une ligne destinée à envelopper la ferme. Boufflers envoie alors à Santis l'ordre de ne pas prolonger sa défense.

Le repli se fait dans la nuit du 25 au 26 août. Un sergent, qu'aucune source ne nomme, reste dans le poste avec une vingtaine d'hommes selon le journal de la ville, une quinzaine selon le mémoire lillois que cite Sautai. Le journal donne à chacun « 4 fusils ». Toute la nuit, ils entretiennent le feu pour faire croire que la ferme est toujours tenue.

C'est là que les deux relations cessent de raconter la même chose. Selon le journal, le sergent demande au matin à capituler ; on le lui accorde, et il sort, « luy et sa troupe, avec chacun 4 armes à feu ». Les ennemis, ajoute le témoin, lui en auraient accordé davantage, « parce qu'ils croyoient qu'il y avoit beaucoup de monde ». Selon le mémoire lillois, le sergent se dérobe sans bruit au matin, les assiégeants continuent plusieurs heures à tirer sur la ferme « le croyant encore occupé », il ramène sa troupe saine et sauve, et Boufflers le fait lieutenant.

Aucune des deux versions ne vient d'un rapport d'état-major qui embellirait après coup : l'une est un journal tenu dans la ville, l'autre un mémoire lillois conservé aux Archives de la Ville. Rien dans le dossier ne permet de choisir l'une plutôt que l'autre, ni de fondre les deux fins en une seule.

Les liens derrière cette note

Ces pages ont servi à vérifier et approfondir ce point. Elles sont choisies pour leur apport direct, pas pour donner l’illusion d’une bibliographie exhaustive.

  1. auteur anonyme, éd. Henri Malo, Revue du Nord, t. 8, n° 32, 1922, p. 279-290Journal du siège de Lille rendu aux alliés le 23 octobre 1708

    Relation tenue au jour le jour à l'intérieur de la place, du 12 août au 25 octobre 1708. Source du chiffre de « 3 à 400 hommes » perdus au moulin (p. 280) et du récit du sergent de la Vacherie.

    Consulter la source
  2. Maurice Sautai, Lille, 1899Le siège de la ville et de la citadelle de Lille en 1708

    Monographie fondée sur les archives de Lille, du Nord et du Dépôt de la Guerre. Transcrit la lettre de Boufflers à Chamillart du 29 août 1708 (p. 89-90), cite les deux mémoires lillois du siège et détaille la monnaie de cuivre (p. 172). Chiffres relus sur le scan haute définition, pas sur la couche de texte automatique.

    Consulter la source

Poursuivre dans ce dossier

  1. Un récitUne nuit, deux comptes

    Une même nuit peut-elle produire deux bilans qui ne se contredisent pas ?

    Lecture longue
  2. Un lieuLa Vaquerie, la ferme qu'il fallait tenir avant la ville

    Pourquoi un siège de ville commence-t-il par la défense d'une ferme, loin des remparts ?

    Note courte
  3. Un savoirLa monnaie de cuivre de Boufflers, et les billets qui l'ont remplacée

    Que devient la paie d'un soldat quand la place qu'il défend n'a plus d'argent ?

    Note courte