La monnaie de cuivre de Boufflers, et les billets qui l'ont remplacée
Faute d'argent, Boufflers fait frapper à Lille une monnaie de cuivre à ses armes. Huit mois plus tard, des soldats de la garnison écrivent qu'on la leur a reprise contre des billets dont ils ne peuvent rien tirer.
- Lecture
- 5 min
- Épisode
- Lille, 1708 : le siège
- Format
- Note courte

Pour financer la défense, Boufflers emprunte. Trois familles de banquiers lillois, les Dubosquel, les Libert et les Desurmont, se portent caution d'un prêt que le mémoire lillois cité par Sautai évalue, après s'être corrigé lui-même, à cent mille écus. Les dépenses du siège obligent pourtant bientôt le maréchal, écrit Sautai, à « suspendre le paiement du prêt aux troupes », c'est-à-dire la solde des soldats.
Boufflers trouve alors le moyen, grâce à l'hôtel des Monnaies de Lille, de faire frapper à ses armes, « pour une valeur de 200 000 francs », des pièces de cuivre de 20, 10 et 5 sols. Elles portent au revers Pro defensione urbis et patriae, « pour la défense de la ville et de la patrie ». Sautai précise que cette monnaie, « destinée au paiement des troupes », devait être « surtout d'un grand secours au maréchal pendant la défense de la citadelle », où l'infanterie se retire après la capitulation de la ville.
Le cuivre ne clôt pas la dette. Dans l'état des sommes prêtées à Lille pour le service du roi que reproduit Sautai, une ligne ajoute « plus de 40 000 écus » de billets du trésorier, émis « pour retirer des troupes la monnaie de cuivre » que le maréchal avait dû faire faire « pour la subsistance des dites troupes dans la citadelle et pour le paiement des travaux ».
Le 1er mai 1709, à Abbeville, « les soldats du regiment de Tourville qui estoit Couesquen qui étoit dans Lile » écrivent à « Monseigneur ». Leurs travaux du siège, disent-ils, « leur auoint été payés en monoye de cuiure quon lur a fait randre », et on leur a donné à la place « de billets dont ils ne peuuent pas trouuer un sol », pas plus que de quoi payer « des chevos que les poures viuandiers ont doné pour manger ». Les régiments de Touraine et de Châteauneuf, eux, sont payés depuis longtemps : « cest qui nous met au desespoir ».
Les sources ne disent pas si ces soldats ont fini par être payés. Elles montrent le chemin d'une paie de siège : du cuivre frappé pour la défense, puis du papier pour reprendre ce cuivre, puis une lettre pour réclamer ce que le papier ne vaut pas.
Les liens derrière cette note
Ces pages ont servi à vérifier et approfondir ce point. Elles sont choisies pour leur apport direct, pas pour donner l’illusion d’une bibliographie exhaustive.
- Maurice Sautai, Lille, 1899Le siège de la ville et de la citadelle de Lille en 1708
Monographie fondée sur les archives de Lille, du Nord et du Dépôt de la Guerre. Transcrit la lettre de Boufflers à Chamillart du 29 août 1708 (p. 89-90), cite les deux mémoires lillois du siège et détaille la monnaie de cuivre (p. 172). Chiffres relus sur le scan haute définition, pas sur la couche de texte automatique.
Consulter la source - Léon Lecestre, Annuaire-Bulletin de la Société de l'histoire de France, t. LVIII, 1921, p. 308-309Trois lettres de soldats sous Louis XIV
Édite la supplique des soldats du régiment de Tourville, ancien Coëtquen, datée d'Abbeville le 1er mai 1709 : leurs travaux du siège de Lille, payés en cuivre qu'on leur a fait rendre, restent dus.
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