1439 : Le laboratoire secret de Strasbourg
Les minutes du procès Dritzehn révèlent que Gutenberg expérimente déjà la typographie sous le paravent de la fabrication de miroirs de pèlerinage.
En décembre 1439, un procès s’ouvre devant les échevins de Strasbourg. Les héritiers d’Andreas Dritzehn réclament à Johannes Gutenberg leur part dans une société secrète. Les dépositions des témoins mentionnent des achats massifs de plomb, une presse en bois mystérieuse construite par le menuisier Konrad Saspach, et plus de 100 florins versés à l’orfèvre Hans Dünne pour des 'pièces relatives à l’impression'.
Gutenberg nomme son projet *Aventur und Kunst* (Aventure et Art). Chassé de Mayence par les luttes civiques entre patriciens et corporations, il passe dix années d’errance à Strasbourg à chercher la clé d’une machine à écrire mécanique.
Lorsqu’il rentre à Mayence vers 1448, le procédé est au point. Il ne lui manque plus qu’un capital colossal pour financer un atelier de production à grande échelle.
Les archives judiciaires de Strasbourg de 1439 gardent la première trace matérielle de l’imprimerie moderne.
Procès de Strasbourg mentionnant le plomb, la presse de Saspach et l’orfèvre Hans Dünne.
Retour de Gutenberg à Mayence et installation de son premier atelier d’essai.
Contrat de prêt de 800 florins d’or avec le financier Johann Fust pour fabriquer l’outillage.
Impression des 180 exemplaires de la Bible à 42 lignes (B42).
Le plomb pur contre l’alliage ternaire
Pourquoi le métal devait-il défier les lois ordinaires de la physique pour rendre l’impression possible.
Le défi physique auquel se heurte Gutenberg est double : fondre un métal à basse température sans matériel industriel lourd, tout en obtenant une lettre en relief d’une dureté suffisante pour résister à des milliers de pressions de plusieurs tonnes sans s’écraser.
Le plomb pur est trop malléable et rétrécit lors du passage de l’état liquide à l’état solide. Gutenberg invente un dosage ternaire secret : ~80 % de plomb (pour la fluidité et le bas point de fusion), ~15 % d’antimoine (pour la dureté et l’expansion volumétrique à la solidification), et ~5 % d’étain (pour abaisser la température et lier la matière).
L’affaissement et le flou
Rétraction thermique au refroidissement laissant des vides dans la matrice, écrasement rapide sous la vis de la presse et bavures d’encre dès les premiers tirages.
L’arête vive et indéformable
Expansion volumétrique qui épouse au micron près les traits fins du cuivre, dureté mécanique et résistance à des dizaines de milliers de passes sous la presse.
L’antimoine a transformé un métal d’orfèvre en outil de reproduction industrielle.
L’alliage typographique de Gutenberg était si parfait qu’il est resté inchangé dans ses proportions fondamentales jusqu’à l’invention de la linotype à la fin du XIXe siècle.
Frédéric Barbier — L’Europe de Gutenberg, Belin
Les outils de l’atelier typographique
Du poinçon d’acier sculpté à la main au composteur de plomb et à la presse à vis.
La reconstitution de l’atelier de Mayence s’appuie sur les gravures du XVIe siècle et les pièces conservées au Musée Gutenberg de Mayence. Chaque outil répond à une exigence de standardisation millimétrique.

La composition typographique
Le typographe prélevant les caractères dans la casse pour les aligner dans son composteur.
Chroniques d’Époque · Miniature de l’épisode · évocation IALes quatre étapes de la création du caractère
Comment l’orfèvre passe d’un bloc d’acier brut à 100 000 lettres mobiles prêtes pour la Bible.
La fabrication des caractères mobiles exigeait une maîtrise absolue des différents métaux et de leur température de fusion.
De l’acier au plomb coulé
Protocole technique de l’atelier de Gutenberg (1450).
Gravure en relief à l’envers de la lettre à la pointe sèche et à la lime sur tige d’acier trempé.
Enfoncement du poinçon au marteau dans une barre de cuivre tendre pour créer l’empreinte en creux.
Fixation de la matrice au fond du moule bivalve réglable selon la largeur exacte de la lettre (i étroit, m large).
Versement de l’alliage Pb-Sb-Sn à 300°C et éjection instantanée du caractère grâce au ressort du moule.
Le passage de l’épisode
Revoir la séquence de l’épisode consacrée au moule à main et au secret de l’alliage.
Revoir la séquence : Le moule à main
À 3:13, l’épisode démonte le fonctionnement du moule réglable et explique pourquoi l’antimoine fut la trouvaille décisive.
Replay direct au timecode 3:13 · YouTube NoCookieL’illusion du secret d’artisan
Gutenberg croyait pouvoir garder son art secret dans son atelier de Mayence. Mais une machine qui consomme tant d’or attire inévitablement les marchands.
Pendant des années, Gutenberg a exigé de ses compagnons et associés le serment du secret absolu sur les techniques de la fonte et de la presse. Mais pour imprimer sa grande Bible, il lui fallait acheter des tonnes de papier de chiffon venu d’Italie, des dizaines de quintaux de plomb et payer une douzaine d’ouvriers pendant trois ans.
L’invention matérielle était parfaite ; mais son coût financier la livrait pieds et poings liés à ceux qui possédaient les capitaux : les marchands de Mayence.
Gutenberg a vaincu le métal et l’encre ; il allait maintenant affronter la loi des créanciers.
Les sources derrière cette lecture
Travaux universitaires, éditions d’archives et pièces matérielles ayant servi à établir les faits et contrôler les affirmations historiques.
- Frédéric Barbier, Belin, 2006L’Europe de Gutenberg
La description métallurgique du moule à main et des matrices de cuivre.
- Stephan Füssel, Ashgate, 2005Gutenberg and the Impact of Printing
L’analyse des archives du procès de Strasbourg et des contrats mayençais.
Poursuivre le dossier L’alliage
Les autres angles et documents pour approfondir ce moment historique.
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