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Siméon-Prosper Hardy, le libraire qui notait le prix du pain

Pendant vingt-cinq ans, un libraire de la rue Saint-Jacques consigne chaque soir ce qu'il voit et entend. En 1789, son journal devient le relevé, jour après jour, d'une ville qui a faim.

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4 min
Épisode
Les causes de la Révolution
Format
Note courte
Vue colorée d'un quai de la Seine à Paris : bateaux et ballots sur la berge, façades hautes à droite, un pont à arches au fond sous un grand ciel nuageux
Vue intérieure de Paris représentant le Port au blé, dessin de Lespinasse gravé par Berthault. C'est là qu'arrivait le grain destiné aux Halles. Recadrée sur la vue, sans la lettre.

Siméon-Prosper Hardy (1729-1806) tient boutique de libraire rue Saint-Jacques, à l'enseigne de la Colonne d'or, au cœur du quartier de l'Université. Ancien adjoint au syndic de la Chambre royale de la librairie, bourgeois modéré et dévot, il tient un journal qu'il intitule « Mes loisirs ». Huit registres manuscrits, conservés à la Bibliothèque nationale de France (ms. fr. 6680 à 6687), couvrent la période du 16 janvier 1764 au 14 octobre 1789.

Au printemps 1789, le journal enregistre la peur. Le 27 avril, pendant l'affaire Réveillon au faubourg Saint-Antoine, Hardy rapporte que les boutiques de sa rue ont fermé puis rouvert en partie. Le lendemain soir, il note que « tous les marchands se mettent en devoir de fermer leurs boutiques entièrement, quelques-uns néanmoins ne les ferment qu'à moitié », parce que le peuple a dit qu'il ferait « grand tapage pour obtenir la diminution du pain ». Le même jour, il rapporte la défense du fabricant Réveillon, qui assure avoir payé plus de deux cents ouvriers « à raison de quinze sols par jour, pendant les froids rigoureux du dernier hiver », alors que la grande gelée les empêchait de travailler pour lui.

Le 2 juillet, il relève que des boulangers parlent de fermer, que d'autres cuisent « un tiers moins de pain que de coutume », que la halle n'est « nullement garnie de farine » et que le riz lui-même est arrêté à son arrivée pour les hôpitaux.

Le 21 juillet, une semaine après la prise de la Bastille, il note que le pain de quatre livres passe « à treize sols et demi, au lieu de quatorze sols et demi qu'on le payait depuis bien du temps ». En temps normal, ce même pain valait 8 sous, et un journalier parisien gagnait 25 à 30 sous par jour. Hardy juge la baisse « peu de chose », mais note l'espérance d'un prix « beaucoup plus raisonnable » après la moisson.

Ces passages sont lus dans l'édition que Charles-Louis Chassin a donnée en 1889, qui cite le manuscrit in extenso. Le film en lit trois mot pour mot, à 19:45, 22:31 et 23:47. Le Short sorti le 9 octobre, qui fait parler Hardy à la première personne, condense au contraire les mêmes entrées : ses phrases ne sont pas des citations littérales du journal, hormis quelques mots repris tels quels, comme « grand tapage pour obtenir la diminution du pain ».

Les liens derrière cette note

Ces pages ont servi à vérifier et approfondir ce point. Elles sont choisies pour leur apport direct, pas pour donner l’illusion d’une bibliographie exhaustive.

  1. Charles-Louis Chassin (éd.), Paris, Jouaust et Sigaux, 1889Les élections et les cahiers de Paris en 1789, t. III

    Cite in extenso le journal manuscrit de Siméon-Prosper Hardy, « Mes loisirs » (BnF, ms. fr. 6687) : entrées des 27 et 28 avril, du 2 juillet et du 21 juillet 1789 (p. 50-51, 63, 453 et 597).

    Consulter la source
  2. George Rudé, Annales historiques de la Révolution française, n° 214, 1973, p. 481-502Paris et Londres au XVIIIe siècle : société et conflits de classes

    Prix du pain de quatre livres à Paris (8 sous en temps normal, 14 sous et demi en février 1789) et salaires parisiens (25 à 30 sous par jour pour un journalier), p. 495-496.

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