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La lettre de Turgot du 30 avril 1776, lue avec ses réserves

Douze jours avant d'être renvoyé, Turgot écrit à Louis XVI que la faiblesse a mis la tête de Charles Ier sur un billot. La lettre est authentique. Une de ses phrases, telle que la machine l'a lue, ne l'est probablement pas.

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4 min
Épisode
Les causes de la Révolution
Format
Note courte
Portrait gravé de profil d'un homme en perruque, dans un cadre ovale orné de guirlandes, posé sur un socle portant une inscription, avec un globe et des livres
Portrait d'Anne Robert Jacques Turgot, en buste, de profil, gravé par Le Beau en 1774, l'année de son entrée au Contrôle général.

Le 24 août 1774, le jour de sa nomination au Contrôle général, Turgot écrit au roi le programme de son ministère : « Point de banqueroute ; point d'augmentation d'impôts ; point d'emprunts. » Pour tenir ces trois points, il n'y a selon lui qu'un moyen, réduire la dépense au-dessous de la recette. Faute de quoi, écrit-il, « le premier coup de canon forcerait l'État à la banqueroute ou à la surimposition ».

Deux ans plus tard, ses édits de 1776, dont la suppression de la corvée, n'ont été enregistrés que par la force, en lit de justice le 12 mars. Le 30 avril, isolé, il adresse au roi une troisième lettre. Gustave Schelle l'a publiée en 1923 dans le tome V des Œuvres de Turgot (p. 448-456), à partir des papiers du ministre confrontés au journal de l'abbé de Véri. On y lit : « N'oubliez jamais, Sire, que c'est la faiblesse qui a mis la tête de Charles Ier sur un billot. » Le 12 mai, Turgot reçoit l'ordre de démissionner.

La même phrase se poursuit par une liste de rois que la faiblesse a perdus. Sur le texte océrisé de l'exemplaire numérisé, on lit que la faiblesse « a formé la ligue sous Henri II ». Or la Ligue catholique s'est formée sous Henri III, en 1576, et Henri II est mort en 1559. L'erreur vient très probablement de la lecture automatique des chiffres romains, mais aucune seconde édition n'a été confrontée pour le vérifier.

L'épisode a donc retiré cette clause de la citation dite à voix haute, et l'a remplacée par des points de suspension. Il garde les segments sans ambiguïté : Charles Ier, « On vous croit faible, Sire », et le rappel des cinquante ans de règne qui attendent le roi. Si une vérification sur le volume imprimé confirme « Henri III », la clause pourra être rétablie.

Le film ajoute une image : Louis XVI rangeant la lettre dans un tiroir. C'est un geste de récit, qu'aucune source lue n'atteste. Le Short sorti le 5 octobre ne garde, lui, que deux segments de la lettre, coupés net après « On vous croit faible, Sire » : rien n'y est ajouté au texte de Turgot.

Les liens derrière cette note

Ces pages ont servi à vérifier et approfondir ce point. Elles sont choisies pour leur apport direct, pas pour donner l’illusion d’une bibliographie exhaustive.

  1. Gustave Schelle (éd.), Paris, Félix Alcan, 1922-1923Œuvres de Turgot et documents le concernant, t. IV et V

    Lettre au roi du 24 août 1774 (t. IV, p. 110) et troisième lettre à Louis XVI du 30 avril 1776 (t. V, p. 448-456), lues sur le texte océrisé de l'exemplaire numérisé.

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