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Chroniques d’Époque
Retour aux angles du dossierUn homme · dans la vidéo à 7:20

Giacomo Feo, l’époux qu’il fallait cacher

Le secret ne protège pas seulement une histoire d’amour : il protège la régence exercée au nom d’Ottaviano Riario.

Lecture
5 min
Épisode
Caterina Sforza
Format
Note courte
Évocation visuelle de Giacomo Feo, jeune homme en habit vert dans une galerie de pierre
Reconstitution visuelle assistée par IA pour Chroniques d’Époque — l’apparence du personnage est conjecturale.

Les Feo servent les Riario avant de servir Caterina. Gaspare, le père, et son frère Giuliano sont attachés à Girolamo Riario ; en 1487, Tommaso Feo reçoit la charge de châtelain de Forlì. C’est ce Tommaso qui tient Ravaldino en avril 1488, quand Caterina y entre en laissant ses enfants aux mains des conjurés. Son frère cadet, Giacomo, né vers 1471-1472, appartient donc à une maison déjà installée dans l’appareil du pouvoir : ce n’est pas un inconnu que le hasard fait monter.

Le 30 août 1490, Caterina destitue Tommaso et confie la forteresse à Giacomo. Un fils leur est né l’année précédente, Bernardino. Le mariage, lui, n’intervient qu’en 1493, et il reste secret pour une raison précise, que la notice biographique énonce sans détour : Caterina ne gouverne pas en son nom, mais comme régente au nom d’Ottaviano Riario. Une union publique avec un homme sans rang lui ferait perdre les prérogatives attachées à la possession de l’État.

Le secret ne freine pourtant pas l’ascension. Ludovico Sforza, l’oncle milanais de Caterina, fait Giacomo chevalier. Elle le place à la tête de son armée, puis le nomme gouverneur général le 13 septembre 1494. Dans ses lettres à Piero de’ Medici, il signe « eques armorum », puis vice-seigneur de Forlì et d’Imola. Après le passage des Français devant Forlì en novembre 1494, Charles VIII le fait baron du royaume de France ; en remerciement, Giacomo ajoute le prénom Carlo à celui de son fils.

Cette montée inquiète, et pas seulement les familles écartées. Au printemps 1493, le commissaire florentin Puccio Pucci écrit à Piero de’ Medici que Caterina paraît entièrement soumise à Feo. Sa lettre du 25 mai 1493 envisage froidement trois issues, toutes violentes : que Caterina fasse tuer Feo, que Feo fasse tuer Caterina, ou qu’Ottaviano les élimine tous deux pour reprendre son pouvoir. Ces lignes disent moins la vérité d’un couple que la manière dont un observateur diplomatique lit un déséquilibre institutionnel.

C’est la troisième hypothèse qui s’approche le plus du dénouement. Après une gifle reçue d’Ottaviano, alors âgé de seize ans, un homme d’armes de l’héritier, Gian Antonio Ghetti, monte une vengeance avec les Marcobelli et les Orcioli. Le 27 août 1495, au retour d’une journée de chasse, Giacomo est attaqué près du pont de’ Bogheri, à l’entrée de Forlì, et tué. Caterina regagne la forteresse et conduit de là une répression dont la dureté inquiète jusqu’à Ludovico Sforza.

Le lendemain des funérailles, elle rend public ce qu’elle avait caché : Giacomo était son mari. Elle fait ensuite élever un monument de bronze à son effigie sur la rocca — détruit en 1501 par les troupes de Cesare Borgia. Dans son testament rédigé à Florence le 28 mai 1509, elle le désigne encore comme son « secundus vir legiptimus », son second époux légitime. Le secret aura donc duré exactement le temps où il protégeait un pouvoir.

Les liens derrière cette note

Ces pages ont servi à vérifier et approfondir ce point. Elles sont choisies pour leur apport direct, pas pour donner l’illusion d’une bibliographie exhaustive.

  1. TreccaniGiacomo Feo, Dizionario Biografico degli Italiani

    La notice de Raffaella Zaccaria (vol. 46, 1996) : dates, charges, mariage secret de 1493, correspondance florentine et récit de l’assassinat de 1495.

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  2. TreccaniCaterina Sforza, Dizionario Biografico degli Italiani

    La régence exercée au nom d’Ottaviano, les alliances milanaises et le testament de 1509.

    Consulter la source
  3. Archivio di Stato di Firenze, Mediceo avanti il principatoLettres de Puccio Pucci et Bernardo Dovizi à Piero de’ Medici

    Le regard des envoyés florentins sur la place prise par Feo dans le gouvernement de Forlì, dont la lettre du 25 mai 1493.

  4. Pier Desiderio Pasolini, Rome, 1893Caterina Sforza

    L’enquête documentaire qui rassemble les pièces d’archives sur cette période.

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