Les Experimenti, un savoir de cour en circulation
Recettes médicales, cosmétiques et alchimiques composent moins le carnet secret d’une “sorcière” qu’un réseau de pratiques et d’échanges.
- Lecture
- 5 min
- Épisode
- Caterina Sforza
- Format
- Note courte

Les Experimenti sont un recueil de recettes alchimiques, médicinales et cosmétiques que Caterina a compilé et enrichi toute sa vie. Sa notice biographique insiste sur un point : elle rassemblait des connaissances à la fois pratiques et ésotériques, en puisant aussi bien dans la culture savante que dans les savoirs populaires, sans dédaigner l’expérience de laboratoire — la sienne ou celle qu’on lui rapportait.
Ce type d’ouvrage n’a rien d’exceptionnel en soi : les livres de recettes domestiques sont la forme la plus répandue de l’écriture médicale féminine dans l’Europe de la Renaissance, et souvent le fondement d’une autorité médicale reconnue aux femmes. Ce qui rend celui de Caterina remarquable, c’est son ampleur. On y trouve mêlés remèdes, cosmétiques, secrets de cuisine et procédés d’entretien courant : encre, savon, détachant. La liste dit assez qu’il s’agit de gouverner une maison autant que de soigner un corps.
Deux manuscrits retrouvés récemment ont permis de revoir la question. Les historiennes qui les ont étudiés proposent de lire ce recueil dans le cadre d’une économie domestique élargie, où la santé et l’objectif politique d’une cour ne se séparent pas. Une recette efficace se donne, s’échange, se demande. Caterina correspondait d’ailleurs avec des fournisseurs de substances et recevait des sollicitations en raison de sa compétence reconnue.
Reste une prudence documentaire. Le recueil que nous lisons est une compilation, transmise et remaniée ; les manuscrits ont même subi une censure, et une partie de ce savoir a été reclassée plus tard comme hétérodoxe. Ce déplacement fait partie de l’histoire du texte : ce qui relevait de la compétence domestique d’une comtesse a pu devenir, sous un autre regard, matière suspecte.
D’où la double précaution de cette note. La vidéo ouvre les Experimenti pour déplacer l’image de Caterina au-delà de la guerrière ; l’approfondissement écarte l’autre caricature, celle de la « femme de science moderne ». Ses pratiques appartiennent aux catégories médicales, domestiques et alchimiques de son temps — et c’est précisément dans ces catégories qu’elles constituaient une autorité.
Les liens derrière cette note
Ces pages ont servi à vérifier et approfondir ce point. Elles sont choisies pour leur apport direct, pas pour donner l’illusion d’une bibliographie exhaustive.
- Cambridge University PressHousehold Medicine for a Renaissance Court
Le chapitre qui relit le ricettario à partir de deux manuscrits retrouvés : économie domestique, expérimentation, autorité médicale féminine et censure ultérieure.
Consulter la source - TreccaniCaterina Sforza, Dizionario Biografico degli Italiani
Le caractère durable de cet intérêt, le recours à des sources savantes et populaires, et la correspondance avec des fournisseurs de substances.
Consulter la source - Joyce de Vries, 2010Caterina Sforza and the Art of Appearances
L’usage politique de l’apparence et du soin du corps dans la construction de son image publique.
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