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Le conclave d’août 1492 : anatomie d’une élection négociée

Du 6 au 11 août 1492, vingt-trois cardinaux se réunissent pour élire le successeur d’Innocent VIII. Entre les factions d’Ascanio Sforza et de Giuliano della Rovere, Rodrigo Borgia rassemble la majorité des deux tiers grâce à une magistrale redistribution de ses propres bénéfices.

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5 min
Épisode
Les Borgia
Format
Note courte
Évocation visuelle des négociations nocturnes lors du conclave d’août 1492
Reconstitution visuelle assistée par IA pour Chroniques d’Époque — image d’évocation, sans valeur documentaire.

À la mort d’Innocent VIII le 25 juillet 1492, le Sacré Collège est profondément divisé en deux factions antagonistes. D’un côté, le cardinal Giuliano della Rovere (futur Jules II), appuyé financièrement par la France et les banquiers génois ; de l’autre, le cardinal Ascanio Sforza, frère cadet du dirigeant milanais Ludovico le More, qui contrôle le bloc des cardinaux de l’Italie du Nord.

Enfermés dans la chapelle Sixtine à partir du 6 août 1492, les vingt-trois cardinaux électeurs constatent rapidement l’impasse : aucun des deux chefs de faction ne peut atteindre la majorité requise des deux tiers (seize voix). C’est alors que Rodrigo Borgia, fort de sa neutralité espagnole apparente et de son immense fortune, s’impose comme le candidat de synthèse.

Dans la nuit du 9 au 10 août, Rodrigo scelle un accord politique décisif avec Ascanio Sforza. Pour obtenir le ralliement de ses voix, il lui promet par capitulation écrite le transfert de sa propre charge de vice-chancelier et la cession de son somptueux palais de la chancellerie à Rome, ainsi que la forteresse de Nepi.

La célèbre fable colportée par le chroniqueur romain hostile Stefano Infessura, selon laquelle Rodrigo aurait envoyé en pleine nuit « quatre mules chargées d’or et d’argenterie » au palais d’Ascanio, relève de la caricature pamphlétaire. Les négociations de conclave portaient sur des transferts de bénéfices, de châtellenies et de légations territoriales, selon les usages codifiés de la diplomatie curiale de l’époque.

Au matin du 11 août 1492, Rodrigo Borgia est élu à l’unanimité moins une voix et prend le nom d’Alexandre VI. Couronné le 26 août sur les marches de la basilique Saint-Pierre au milieu de fêtes populaires grandioses, il rétablit immédiatement l’ordre public dans une ville de Rome en proie aux pillages des barons romains.

Les liens derrière cette note

Ces pages ont servi à vérifier et approfondir ce point. Elles sont choisies pour leur apport direct, pas pour donner l’illusion d’une bibliographie exhaustive.

  1. Johannes Burckard (éd. E. Celani), Rerum Italicarum Scriptores, Bologne, 1907Liber Notarum (1483–1506)

    Le journal officiel au jour le jour du maître des cérémonies pontificales pendant le conclave.

  2. Stefano Infessura (éd. O. Tommasini), Rome, Forzani, 1890Diario della città di Roma (1303–1494)

    La chronique romaine contemporaine reflétant les rumeurs hostiles aux Borgia.

  3. Catherine Fletcher, 2025The Borgias

    La réévaluation critique des tractations électorales du conclave d’août 1492.

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