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Chroniques d’Époque
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L’échange colombien et la controverse de l’origine

Dès le XVIe siècle, les chroniqueurs espagnols accusent le Nouveau Monde d’avoir contaminé l’Europe. Cinq cents ans plus tard, la paléopathologie osseuse et la paléogénomique de l’ADN ancien renouvellent une énigme au cœur de l’histoire écologique globale.

Lecture
5 min
Épisode
Le « mal français »
Format
Note courte
Évocation visuelle d’un édit municipal scellé ordonnant le tri sanitaire
Reconstitution visuelle assistée par IA pour Chroniques d’Époque — image d’évocation, sans valeur documentaire.

L’hypothèse d’une origine américaine est formulée très tôt par des témoins directs de la conquête. Gonzalo Fernández de Oviedo, dans son Historia general y natural de las Indias (1526), et le médecin sévillan Ruy Díaz de Isla (1539) affirment que la maladie était endémique parmi les populations taïnos d’Hispaniola et fut contractée par les marins de Christophe Colomb lors du premier voyage de 1492. Rentrés à Barcelone en avril 1493, certains de ces hommes s’enrôlèrent comme mercenaires dans les troupes de Charles VIII et de Ferdinand d’Aragon lors de la campagne de Naples en 1494-1495.

Face à cette « thèse colombienne », des historiens et médecins ont défendu une « thèse unitaire » ou pré-colombienne. Selon cette vision, les différentes affections causées par les bactéries du genre Treponema (la syphilis vénérienne, le pian, le bejel et la pinta) dériveraient d’une souche ancestrale commune déjà présente dans l’Ancien Monde depuis l’Antiquité, mais dont les symptômes auraient été longtemps confondus avec ceux de la lèpre médiévale.

Pendant des décennies, la querelle s’est appuyée sur la paléopathologie osseuse. Les chercheurs ont traqué sur des milliers de squelettes anciens les stigmates osseux caractéristiques du stade tertiaire : caries sicca sur la voûte crânienne et ostéopériostites des tibias « en lame de sabre ». Si de très nombreux squelettes précolombiens d’Amérique présentent ces lésions indiscutables, les rares cas européens antérieurs à 1492 restent controversés en raison des incertitudes de datation au radiocarbone et des contaminations des sols.

La révolution des années 2020 est venue de la paléogénomique. En parvenant à extraire et séquencer des fragments d’ADN ancien de Treponema pallidum dans des restes humains exhumés en Europe et dans les Amériques (notamment les travaux de Barquera et al. publiés dans Nature en 2025), les généticiens ont mis en évidence une diversité de lignées beaucoup plus ancienne et complexe qu’imaginé, révélant des échanges génétiques majeurs entre continents lors de l’expansion maritime de la fin du XVe siècle.

Au-delà des données biologiques, la persistance de cette querelle éclaire notre rapport aux maladies émergentes. Chercher le « patient zéro » ou incriminer un continent extérieur a toujours répondu à une exigence idéologique : exonérer son propre monde pour désigner l’Autre comme le pourvoyeur du poison.

Les liens derrière cette note

Ces pages ont servi à vérifier et approfondir ce point. Elles sont choisies pour leur apport direct, pas pour donner l’illusion d’une bibliographie exhaustive.

  1. Barquera et al., Nature 640, 2025Ancient genomes reveal a deep history of Treponema pallidum in the Americas

    L’état le plus récent du séquençage génomique sur les restes anciens de tréponèmes.

  2. Kristin N. Harper et al., Yearbook of Physical Anthropology, 2011The Origin of the Syphilis Pandemic: An Historical and Anthropological Approach

    La synthèse critique des données paléopathologiques et phylogénétiques mondiales.

  3. Alfred W. Crosby, Greenwood Press, 1972The Columbian Exchange: Biological and Cultural Consequences of 1492

    L’ouvrage fondateur sur les transferts biologiques et épidémiologiques entre Ancien et Nouveau Monde.

  4. Gonzalo Fernández de Oviedo, Séville, 1526Historia general y natural de las Indias

    Le témoignage d’époque consignant la première attribution de l’origine antillaise du mal.

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