Azincourt et Montereau : l'engrenage fatal
En quatre ans, deux événements détruisent la direction politique et morale du royaume de France.
Le 25 octobre 1415, dans la boue d’Azincourt, l’armée d’Henri V anéantit la chevalerie française. Plus de cinq mille nobles sont tués, dont les grands officiers de la couronne, et les chefs de guerre sont faits prisonniers. La France perd d’un coup ses cadres militaires pour quinze ans.
Le 10 septembre 1419, sur le pont de Montereau, le duc de Bourgogne Jean sans Peur est assassiné à coups de hache par les familiers du dauphin Charles lors d’une entrevue de réconciliation. Ce meurtre rend toute paix intérieure impossible et jette définitivement Philippe le Bon dans les bras des Anglais.
Par le trou de la tête de Jean sans Peur, c'est l'Anglais qui est entré pour quinze ans à Paris.
Bataille d’Azincourt : massacre de la chevalerie française et décapitation des élites militaires.
Meurtre de Jean sans Peur sur le pont de Montereau par les officiers du dauphin Charles.
Traité de Troyes : déshéritement du dauphin et création de la double monarchie franco-anglaise.
Les Anglais mettent le siège devant Orléans : le dernier verrou valois sur la Loire est menacé.
Le serment de Troyes : capitulation ou pragmatisme ?
Pourquoi les élites parisiennes ont-elles juré fidélité à un roi anglais plutôt que de défendre le prince légitime ?
Pour le Bourgeois de Paris, clerc témoin des événements, le serment prêté à Henri V n’est pas un acte de trahison mais le choix désespéré de la survie. Après dix ans de massacres de rues entre Cabochiens et Armagnacs, la bourgeoisie parisienne préfère un ordre étranger à la guerre civile perpétuelle.
Le traité de Troyes pose une question fondamentale sur la légitimité monarchique : la couronne appartient-elle au sang royal ou peut-elle être cédée par traité pour acheter la paix civile ?
L’ordre sous tutelle anglo-bourguignonne
Les élites prêtent serment au roi d'Angleterre pour maintenir le commerce, rétablir la police et échapper aux représailles armagnaces.
La fidélité au dauphin déshérité
La cour itinérante de Bourges maintient la fiction d'une monarchie indépendante malgré l'absence de ressources financières et militaires régulières.
L’opposition entre la légitimité dynastique et le pragmatisme urbain.
On a lu le traité. Le dauphin n'est plus rien. La fille du roi épouse l'Anglais. On rentre chez nous. On ne sait plus quoi penser. On ne sait plus à qui obéir.
Le Bourgeois de Paris — Journal d'un bourgeois de Paris, mai 1420
Le Journal d’un bourgeois de Paris et les comptes de Normandie
Les manuscrits du XVe siècle révèlent la misère quotidienne d’une population prise en étau entre trois armées.
Le Journal d’un bourgeois de Paris constitue la source la plus vivante sur l’atmosphère du Paris des années 1420. L’auteur y consigne le prix astronomique du blé, l’intrusion des loups dans les rues de la capitale et la fatigue morale d’une population qui n’attend plus rien.
Dans les archives normandes étudiées par Christopher Allmand, les registres fiscaux attestent le système du patis : un tribut régulier versé par les villages aux garnisons anglaises pour éviter le pillage systématique de leurs récoltes.

La France en 1420
Carte de la partition du royaume entre zones anglaise, bourguignonne et valoise.
Chroniques d’Époque · Miniature de l’épisode · évocation IALes trois quotidiens de la peur
Comment chaque zone a développé son propre mode de survie face à l'insécurité permanente.
La partition du royaume n'était pas seulement une affaire de traités diplomatiques : elle dictait chaque matin ce qu'un homme mangeait, à qui il payait l'impôt et quelle langue il entendait à sa porte.
Les quatre rouages de l'économie de guerre (1420–1428)
D'après les chroniques d'époque et les travaux de Bertrand Schnerb et Philippe Contamine.
Le prévôt plafonne le pain et impose le pain festis de mauvaise qualité pour nourrir les pauvres de la capitale.
Les compagnies militaires valoises sans solde pillent les villages de leurs propres alliés « jusqu'à la chemise ».
Les paysans normands versent des redevances en volailles et grains au capitaine anglais pour acheter sa protection.
Les lignes anglaises enserrent la dernière forteresse valoise sur la Loire, prélude à l'effondrement final.
Le passage de l’épisode
Revoir la séquence consacrée aux trois personnages incarnés (Macé, Pierre et Guillaume).
Revoir la séquence : Trois Français qui ne croient plus en rien
À 5:20, l'épisode met en scène les trois quotidiens parallèles de Paris, du Berry et de Normandie.
Replay direct au timecode 5:20 · YouTube NoCookieLa saturation avant l’étincelle
Ce n’est pas une armée qui a sauvé le royaume de France en 1429 : c’est l’épuisement total de toutes les solutions rationnelles.
En 1428, quatorze ans après Azincourt, la noblesse française avait tout tenté et tout perdu. Les diplomates avaient signé le déshéritement, les bourgeois avaient juré fidélité à l’occupant, les paysans avaient payé les mercenaires.
Lorsqu’une société atteint ce niveau de saturation et de désespoir, les solutions prévisibles ne fonctionnent plus. C’est ce vide politique et moral absolu qui ouvre la porte à l’irruption d’une figure que personne ne pouvait anticiper.
Avant qu'une bergère de dix-sept ans ne franchisse la Loire, il fallait que la France entière ait épuisé toutes les raisons d'espérer.
Les sources derrière cette lecture
Travaux universitaires, éditions d’archives et pièces matérielles ayant servi à établir les faits et contrôler les affirmations historiques.
- Éd. Colette Beaune, 1990Journal d’un bourgeois de Paris
L’analyse du serment de Troyes et des conditions de vie dans la capitale occupée.
- Christopher Allmand, 1983Lancastrian Normandy, 1415–1450
La documentation sur le patis et l’administration militaire anglaise.
- Bertrand Schnerb, 1988Les Armagnacs et les Bourguignons
L’étude de la division politique entre factions nobiliaires.
Poursuivre le dossier Une France coupée en trois
Les autres angles et documents pour approfondir ce moment historique.
Derrière le journal intime le plus précieux du XVe siècle se cache un clerc parisien, peut-être chanoine de Notre-Dame, qui note chaque jour les cours du blé, les serments imposés et les loups dans les rues.
Lire la note (5 min) Un savoirLe pain festis et le pain de cheval : l’alimentation en temps de partitionQuand le blé manquait à Paris, les boulangers cuisaient le pain festis de mauvaise farine pour les pauvres, tandis que les paysans normands en étaient réduits à manger le pain d’avoine réservé aux bêtes.
Lire la note (5 min) Un récitLe traité de Troyes (1420) : déshériter le dauphin pour clore la guerreSigné le 21 mai 1420, le traité de Troyes tente d’unir les couronnes de France et d’Angleterre en violant la coutume successorale capétienne.
Lire la note (5 min) Épisode · 1429—1452La mécanique du basculementMars 1429. Des théologiens interrogent une paysanne illettrée pendant trois semaines. Ils ne trouvent rien. Et c'est ce vide qui va changer le royaume pour quatre siècles.
Ouvrir le dossier (12 min) Épisode · 1140—2019Les cathédrales IILa réponse tient en trois inventions de génie. Et elle s'effondre en 1284, à Beauvais, sous quarante-huit mètres de pierre.
Ouvrir le dossier (13 min)