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Chroniques d’Époque
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Le Jikji coréen (1377) : les caractères mobiles avant l’Europe

Imprimé en juillet 1377 au temple Heungdeok de Cheongju, le Jikji est le plus ancien livre conservé au monde imprimé avec des caractères mobiles en métal.

Lecture
5 min
Épisode
Le temps du copiste
Format
Note courte
Miniature du premier épisode de la série Gutenberg, titrée « Quand un livre coûtait 12 ans de salaire »
Miniature de l’épisode, avec son titre incrusté.

Soixante-dix-huit ans avant la Bible à 42 lignes de Gutenberg, des moines bouddhistes du royaume de Goryeo (Corée actuelle) achèvent en juillet 1377 l’impression d’un traité d’enseignements zen intitulé Baegun hwasang chorok buljo jikji simche yojeol (abrégé en Jikji). L’unique exemplaire subsistant du second volume est précieusement conservé au département des Manuscrits orientaux de la Bibliothèque nationale de France à Paris.

La technique coréenne utilisait des caractères mobiles en bronze fondus selon la méthode de la cire perdue. Les caractères étaient disposés sur une planche enduite de cire d’abeille pour maintenir l’alignement, puis encrés à l’encre de Chine à l’eau avant qu’une feuille de papier de mûrier (hanji) ne soit pressée à la main à l’aide d’un frotton de crin.

Cette antériorité technologique asiatique soulève une question historique passionnante : pourquoi l’imprimerie à caractères mobiles en métal a-t-elle transformé la société européenne en une génération, alors qu’elle est restée un monopole de prestige en Corée ? La réponse tient principalement à la nature de l’écriture. L’alphabet latin ne compte que vingt-six lettres réutilisables à l’infini, alors que l’écriture sinogrammique coréenne de l’époque exigeait des dizaines de milliers d’idéogrammes distincts.

De plus, en Corée et en Chine, la gravure sur bois xylographique restait beaucoup plus économique et rapide pour réimprimer des textes fixes sans avoir à refondre et recomposer des milliers de caractères de bronze coûteux. L’imprimerie métallique y était financée par la cour royale pour des éditions de prestige à tirage restreint.

Le Jikji prouve que l’invention des caractères métalliques n’est pas l’apanage exclusif de l’Occident, mais que son impact historique dépend de l’écologie intellectuelle, linguistique et économique dans laquelle elle s’insère.

Les liens derrière cette note

Ces pages ont servi à vérifier et approfondir ce point. Elles sont choisies pour leur apport direct, pas pour donner l’illusion d’une bibliographie exhaustive.

  1. UNESCO / Bibliothèque nationale de France (BnF)Mémoire du monde : Le Jikji (Anthologie des enseignements des grands prêtres zen)

    La notice officielle de classement au patrimoine documentaire mondial.

    Consulter la source
  2. Sohn Pow-Key, Journal of Korean Studies, 1980The Invention of Movable Type Printing in Korea

    L’étude technique sur la fonte des caractères en bronze sous la dynastie Goryeo.

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